Échanges 2
1 December 2006
4
— Voilà, monsieur, je vous en prie, asseyez-vous…
— Merci Monsieur! Mais ça va, ça va, restez assis.
— Mais allez-y, je vous en prie. Je descends bientôt de toute façon.
— Ah monsieur, vous êtes trop aimable. Merci.
— Oh vous savez, tout le plaisir est pour moi.
— Bonsoir monsieur.
— Bonne soirée à vous, cher monsieur.
Y’a rien de plus beau que de l’extrème politesse entre étrangers. J’ai toujours envie d’arrêter l’autobus et payer des verres à tous ces braves citoyens civiles.
5
J’ouvre la porte de mon immeuble et la facteur, gros bonnet sur la tête, est accroupie en train de remplir les boîtes aux lettres de la rangée du bas. Je lui dit:
— Bonjour, avez-vous déjà rempli ceux du haut?
— Oui. À moins que vous voulez m’assomer…
— Um… non, pas spécialement. (de quoi elle parle?)
— Parce qu’en ouvrant le casier, j’m’aurais cogné la tête.
— Oh, ok! Non, non. (Pas certain. Avec le casque de poil que t’as…)
Courte pause. Je prends mon courrier ma pile de pubs et j’enchaîne l’échange:
— Je croyais que vous faisiez référence aux facteurs qui se sont fait agresser et voler leurs clés cette semaine...
— Oh oui! Ça, c’est vrai, hein! Et vous savez c’est qui? On sait c’est qui, nous.
— Um, ah oui?
— C’est des nouères.
— Ah.
— Oui, toutes les même, y’en a deux pas loin par là... (elle pointe vaguement vers le sud)
— J’croyais que c’était plutôt du côté St-Michel…
— Ah oui, euh, mais c’est juste icitte. C’est parce que c’est la même run. Faque ils l’attaquent icitte, pis quand un autre facteur prend la relève, ils l’attaquent par là bas…
— Mmm. Et bien, non madame, je ne voulais pas vous assomer. Bonne journée. Et faites attention dehors, les trottoirs sont glissants. Et y’a pleins de noirs aussi.