Duì
26 March 2009
Bon, assez de chiniaiseries, mon coeur s’ennuie. Y a un manque. Vraiment. Mon appétit pour la synthèse est tombé follement amoureux d’une expression chinoise, une façon de parler si juste, que tout autre échange verbal de la sorte semble être détour certain ou excessivement long. Tenez, un simple échange témoin.
Un taxi, pas la nuit, mais de PET. Tu t’adresses au chauffeur:
— Bonsoir M’sieur, j’aimerais aller au 3800 St-André, c’est au coin de Roy.
— C’est là qu’il y a un petit parc parsemé de chaises métalliques, n’est-ce pas?
— Duì.
Vous avez entendu? Si bref et succinct! Encore!
— À quelle heure terminez-vous votre cours de chant ce soir? 19h?
— Duì.
Duì (对 — prononcer douè en une syllabe) règle, de façon claire, tous doutes: c’est crier «affirmatif» en murmurant. Combine la véracité et l’approbation d’un énoncé en une syllabe. Noémie Darveau dirait: «Whoa, ef-fi-cace!»1
Des équivalences dans la langue française il y a, mais elles sont plus boiteuses, un cran trop complexes pour rien. Ou floues. Le français et l’anglais ont chacun un «exactement», un «affirmatif», un “correct”, mais en 2 syllabes ou plus, c’est trop. Évidemment, on peut toujours se résoudre à un “yes” et un «oui», mais c’est paresseusement passe-partout2. La dernière option, ma foi, mon foie, serait «vrai»; mais “get serious”, comme dirait mon feu grand-père:
— Maman, si j’ai bien compris, tu veux que je quitte le nid familial?
— Vrai.
Réflexes immédiats: frissons et grimaces, une presque envie de revoir mon p’tit déj. On n’explore pas plus loin.
Duì, par contre, ne fait que ça, répondre gentiment à l’affirmatif. L’affirmation en question — qu’elle soit positive ou négative — devient, par la réponse, nécessairement affirmative positive:
— À te regarder la coupe de cheveux, tu es probablement travailleur autonome.
— Duì.
Tu donnes à ton interlocuteur une voix de véracité! Il a vu vrai, il proclame la vraie parole!
Duì. C’est cute, ça bûche, pis ça fit dans une poche.
Si on se salue avec ciao et se remercie avec gracias, on peut bien se donner raison avec duì.
- 1. Ce n’est pas assuré, mais les paris sont ouverts.
- 2. Le seul propos qui puisse faillir cet argumentaire serait évidement l’existence du «oui» qui est tout bon tout cuit dans la bouche, prêt à être servi à toutes les sauces. «Oui» est évidemment puissant par sa polyvalence, mais comme tout être pluridisciplinaire, ne se contente pas d’une spécialisation. Et comme la langue française, illustrée par son abondance de termes d’usages exacts (ce n’est pas une barbe c’est un bouc, ce n’est pas une fenêtre c’est une lucarne, il ne la veut pas, il la convoite, etc.), tend vers cet idéal de précision absolue, il va de soi qu’un simple «oui» pourrait être bonifié, accompagné, dis-je, d’un terme plus exact et cohérent selon le contexte d’interlocution.
Commentaires [7]
OK, Vincent trouve que la typo des notes de bas de page est pas assez grosse pour avoir envie de la lire. :) Oui!
Le problème avec le «si», c’est qu’on peut l’utiliser uniquement lorsqu’on répond à une question contenant une négation.
Le duì a une force subtile que les autres mots n’ont pas.
On peut essayer le “right” ou le «vrai», mais ce n’est pas exactement ça.
Continuons les recherches…
Oui ! Justement, ça me rappelle mes cours de mandarin…
Je pourrais aussi dire « Malade. »
En français, j’ai tendance à utiliser le très populaire et familier “ouin” sur un ton de voix semblable au son d’un canard, ce qui déclenche souvent des répétitions à l’infini par mes proches, ou encore le fameux “k”, beaucoup plus neutre et décroissant comme son, avec un effet de silence par la suite.
Pour l’avoir vécu, en Espagne, on utilise beaucoup le “vale”. En Italie, c’est plutôt le “dai”.
Serait-ce l‘équivalent du séduisant et lent “in-deed”, prononcé dans l’accent british ?
Nø
Pourquoi pas juste “Oui”?